Ce n'est pas cette semaine que Joachim Coens se départira de cette sorte de flegme qui a fait sa marque. Le patron du CD&V revient avec l’Echo sur les dossiers du moment et plaide pour une adaptation de l’offre hospitalière au covid.

Le CD&V se dit en faveur de la vaccination obligatoire. Pourquoi? Est-ce faisable?

La situation actuelle – qui est assez critique – fait que nous sommes effectivement pour cette obligation vaccinale. M. Beke (Ministre flamand CD&V de la Santé, NDLR) était en effet prêt à ouvrir ce débat. Il faut diminuer au maximum les risques d’arriver en soins intensifs et de contaminer les autres. Nos soins de santé doivent éviter un nouveau raz-de-marée. Mais avant tout, je pense que le plus important, c’est la troisième dose puisqu’on constate la diminution de la protection vaccinale dans le temps. Il faut aller vite dans cette direction.

Les autorités sont à nouveau dans la réaction face à une nouvelle vague. À quand une «normalisation» de la gestion sanitaire?

On va plus ou moins y arriver. En Flandre, la politique de vaccination a très bien fonctionné, mais cela a aussi donné l’impression qu’une fois qu’on était vacciné, c’était fini. Or le virus continue de circuler, chez les non-vaccinés bien sûr, mais aussi chez les vaccinés. Vivre avec le virus cela veut dire une gestion comparable à celle de la grippe, mais aussi s’habituer au port du masque et accepter l’idée que de temps à autre des virus circulent et qu’il faut se protéger sans contaminer les autres. Il faut maintenir les distances, se laver les mains et ventiler. Dans les écoles notamment. Ces comportements sont là pour durer. Ventile-t-on suffisamment, y a-t-il assez d’appareils de mesure du CO2 dans les écoles? Je dis clairement que non. C’est pourquoi je me réjouis de la décision du Codeco d’obliger les écoles à installer des compteurs de CO2. Cela doit devenir indispensable. Puis il sera aussi important de bien les utiliser. Je vois encore trop souvent que quand le compteur émet un bip, au lieu d’ouvrir les fenêtres ou de ventiler la pièce, on va simplement l’éteindre.

Et augmenter les capacités des soins intensifs?

C’est une bonne question. En tant que société on ne peut pas supporter de voir des patients atteints d’un cancer devoir attendre leur traitement parce que des patients covid ont la priorité dans nos hôpitaux. Il faut donc réorganiser les hôpitaux. Certains hôpitaux devraient se spécialiser dans le covid afin que tous les autres soins puissent continuer normalement. Il faut créer des unités covid dans certains hôpitaux pour orienter les patients au mieux, comme on l’a fait dans le temps pour d’autres maladies.

Quelle est la position du CD&V par rapport au rapport CRM. On prolonge ou pas les deux réacteurs nucléaires?

Depuis 20 ans, tous les gouvernements ont dit qu’on allait sortir, avec un délai qui a changé. Pourquoi? Parce qu’il y a des incertitudes. Au départ, nous n’étions pas pour la sortie, mais nous nous sommes inscrits dans cette dynamique. Aujourd’hui, Tinne Van der Straeten (NDLR: ministre fédérale de l’Énergie) doit venir avec un rapport qui évalue les résultats de l’enchère du CRM en termes d’approvisionnement et de prix pour les gens et les entreprises.

Le rapport CRM indique que les capacités sont là?

S’il y a assez d’électricité pour tout le monde et que c’est faisable dans les délais, il n’y a pas de raison qu’on ne respecte pas l’accord de gouvernement qui prévoit la sortie en 2025.

Vous avez tout de même demandé un Codeco spécial sur ce sujet. Pourquoi?

Parce qu’il y a cette centrale au gaz de Vilvorde dont le permis a été refusé au niveau flamand. Il y a des compétences aux niveaux régional et fédéral, il faut donc être certain, entre tous les gouvernements, qu’on aura assez d’énergie, qu’on va vers le durable et que tout cela est payable. Tous les éléments vont ensemble, cela n’a aucun sens de dire qu’on est pour ou contre. Tout le monde est impliqué. La politique ne doit pas jouer avec cela, c’est très important pour les gens et l’industrie. Les investisseurs ne veulent pas de jeux politiques sur des enjeux aussi essentiels.

Le refus de Zuhal Demir sur le projet de Vilvorde, n’est-ce pas un jeu politique?

Ça en a l’air en raison de la communication qui en a été faite. Elle a le droit de refuser ce permis, c’est sa compétence, mais la communication de la N-VA a fait défaut. La ministre n’en a pas parlé avec ses collègues, n’a pas informé le Fédéral alors que c’est important pour tout le monde. Il faut une concertation. Le ministre-président flamand Jan Jambon a lui aussi indiqué que cette communication n’était pas bonne pour la confiance au sein du gouvernement. Il sent bien mieux que la coopération sur ce dossier est essentielle, et c’est pour ça que le Codeco sur ce sujet est si important.

Vous soutenez le refus de permis?

Zuhal Demir avait le droit de prendre cette décision. Elle a donné un permis à la centrale de Gand alors que celle de Vilvorde est plus moderne, c’est vrai que cela nous a un peu étonnés. S’il y a trop d’émissions d’ammoniac sur Vilvorde, on peut peut-être délivrer un permis assorti de conditions sur cet aspect particulier du projet. Mais il faut partir de cette nouvelle donne. Il ne faut pas se mettre dans un coin et pleurer, mais voir ce qu’on peut faire. J’ai compris que le VLD demande aussi ce Codeco. Tinne Van der Straeten devra proposer un rapport qui évaluera l’enchère du CRM en termes d’approvisionnement et de prix pour les gens et les entreprises. Pour cela il faut parler avec les Régions.

Après l’échéance de la fin novembre prévue par l’accord de gouvernement alors?

Avant ou après, je laisse Jambon et De Croo s’organiser.

Paul Magnette a été très critique à l’égard du discours du Premier ministre à la COP26. Comment analysez-vous cette tension qu’on sent parfois entre les deux?

Les tensions sont surtout palpables côté francophone. Les quatre partis flamands se tiennent beaucoup plus. C’est peut-être la différence de culture de débat entre nous, mais c’est parce que la majorité est beaucoup plus large côté francophone. Les partis ont plus de raisons de se profiler alors que nous devons montrer notre cohésion. On veut prouver que ce gouvernement agit pour donner de la confiance en la politique. Je ne sais pas côté francophone, mais en Flandre les gens en ont marre des attaques perpétuelles. Ils veulent des solutions. Ceci dit, je ne pense pas qu’il y ait un manque d’ambition au niveau du climat. Le plan d’Ursula Von der Leyen a été traduit en Belgique par une réduction des émissions de 47%, il y a la volonté au Fédéral de s’inscrire dans ce plan et la Flandre a établi un plan, certes sans grands chiffres, mais des réalisations concrètes. On peut être déçu par Glasgow, mais il y a des signaux positifs. Je préfère les promesses tenues aux promesses intenables.

Vous soutenez la demande de la Flandre de réduire les objectifs de réduction d’émissions de CO2 de la Belgique?

Je comprends cette demande. En Flandre, en raison de son industrie, de la densité de son bâti, cet objectif n’est pas évident du tout. Aller plus loin que 40% n’est pas simple. La Belgique doit faire 47%, le Fédéral peut aussi faire des pourcentages, le verdissement des voitures de société représente deux pourcents. Il faut voir les plans de Bruxelles et de la Wallonie pour voir où on arrive, mais si l’Europe garde ces 47% on s’alignera. Il n’est pas anormal de demander une réflexion à ce sujet.

Votre ministre Van Peteghem accélère-t-il le tempo de la réforme fiscale par peur de l’instabilité politique?

Faire une réforme comme celle-là trop près des élections de 2024 n’est pas souhaitable. S’il peut avancer vite avec des idées pour une fiscalité plus juste, c’est très bien, car cela nous laissera le temps d’en parler avec nos partenaires. Ceux qui travaillent doivent avoir plus en net. C’est pour cela qu’on a supprimé la cotisation sociale de crise, introduite par M. Dehaene pour un soi-disant court terme. On veut un taux d’emploi de 80%; pour y arriver, il n’y a pas 36 solutions, il faut rendre le travail plus attractif. On a multiplié les exceptions et les gens qui travaillent normalement payent le maximum. Quand on compare ce que payent les footballeurs avec ce que les autres paient ce n’est pas normal. Pourquoi tout le monde paie-t-il pour la deuxième, la troisième ou quatrième maison de certains? Il faut corriger cela pour baisser les impôts de gens qui travaillent.

Quelles autres exceptions visez-vous?

Il y a beaucoup de régimes spécifiques dans la sécurité sociale, on peut aussi viser ce qui n’est pas bon pour la santé, il y a la taxation sur le kérosène. Une entreprise familiale moyenne paie 20 ou 25% d’impôts chez nous, les multinationales de 0 à 2%, ce n’est pas normal. Il faut une digitax. À partir de 2023 cette taxe rapportera 100 millions d’euros. Et puis à côté de cela, n’oublions pas également l’importance de l’impôt mondial.

Quid d’une taxe sur la plus-value?

On a déjà introduit une taxe sur les comptes-titres , c’est déjà une évolution. En 2022 cette mesure rapportera 430 millions d’euros. Le MR rechigne à revoir le régime favorable pour les joueurs de foot professionnels... On est souvent sur la même ligne que le MR. Sur le football, c’est un peu particulier, c’est personnel peut-être. Vincent Van Peteghem y travaille, il faut en tout cas que les joueurs de foot professionnels payent leur part équitable.

Va-t-on assez vite sur la réforme de l’État?

Les deux ministres vont lancer le débat au début de l’année prochaine pour préparer la réforme pour 2024. Le déblocage du système est très important. Comment va-t-on former le gouvernement la prochaine fois? Si on vit encore une crise de 18 mois, les gens ne croirons plus en la démocratie. Il existe des formules intéressantes, en Suisse notamment. Il faut à mon sens limiter les délais par une formule magique! Si on n’a pas un gouvernement après six mois, on a un problème.

Il faut retourner aux élections d’office alors?

Si après 6 mois cela ne marche toujours pas, alors il est à mon sens logique de devoir retourner aux urnes.

Bron: L'Echo, https://www.lecho.be/dossiers/plan-large/joachim-coens-certains-hopitaux-doivent-se-specialiser-dans-le-covid/10347476.html 
Auteur: Mathieu Colleyn