La crise du coronavirus et toutes les mesures prises pour y faire face, ont un énorme impact sur notre vie. Notre monde n’avait plus changé si radicalement en si peu de temps depuis la Seconde Guerre mondiale. La fermeture de la frontière avec les Pays-Bas date même de la Première Guerre mondiale. Mon souvenir le plus récent d’un arrêt quasi total des activités remonte aux dimanches sans voiture durant les années septante, sauf qu’ici, le phénomène semble s’être amplifié.

Le confinement génère un sentiment d’incertitude. De nombreuses personnes se sentent effrayées, seules et désespérées. Beaucoup de citoyens se posent des questions.

Peut-être notre mode de vie ne sera–t-il plus jamais le même ?
Peut-être devrons–nous changer notre mode de vie ?

Une crise peut également avoir des conséquences positives. Il faut parfois prendre un certain recul pour mieux apprécier les choses à leur juste valeur. C’est donc l’occasion idéale pour revenir à l’essentiel.

Se demander dans quel monde nous voulons vivre demain, une fois cette crise terminée.

Quels leçons pouvons-nous tirer de cette crise du coronavirus ? Notre avenir en dix leçons.

  1. Ce ne sont pas les biens matériels qui comptent mais les gens

Lorsque notre pays est passé en mode « confinement », les magasins, établissements horeca ont fermé leurs portes et nous en avons fait de même. La première chose qui nous a inquiétés, n’était pas l’achat de la dernière veste à la mode qui devait être reporté, ou l’idée qu’il était temps de remplacer notre vaisselle. La première chose qui nous a préoccupés, était notre santé, celle de nos proches, l’idée que nous ne pouvions plus voir notre famille et nos amis. C’est comme si le virus avait appuyé sur le bouton de réinitialisation. Nous nous sommes soudainement rendus compte de ce dont nous avions vraiment besoin et ce dont nous pouvions volontiers nous passer. Nous avons maintenant une conception différente de ce qui est « précieux » et cela s’avère être principalement l’immatériel ; avoir une bonne santé, entretenir les contacts sociaux, prendre du temps pour soi et pour les personnes que l’on aime. Ces choses ne sont pourtant pas toujours appréciées à leur juste valeur dans l’économie et dans la politique menée. Il est temps de commencer à mesurer les choses différemment et à rééchelonner en fonction du degré d’importance. Ce n’est pas uniquement notre produit national brut qui compte mais également notre bonheur national brut. Dans un pays d’abondance, on ose parfois l’oublier mais l’essence du bonheur réside dans une vie saine, tant pour la personne même que pour son réseau de contacts. 

  1. Ce n’est pas la concurrence mais la collaboration qui nous fait aller de l’avant

Cette crise est tellement envahissante que la collaboration est le seul moyen de la combattre. Nous avons vu les effets immédiats d’un comportement asocial. En raison d’un stockage de marchandises chez certains, certaines familles se sont retrouvées à court de papier toilette. Les « lockdown parties » ont permis au virus de se propager plus rapidement. En Europe, des personnes sont décédées suite à l’absence de soins médicaux alors qu’il y avait des lits disponibles dans les hôpitaux d’autres États membres. Mais heureusement, l’inverse est vrai aussi. Grâce aux puériculteurs et puéricultrices, le personnel soignant peut aller travailler. Grâce aux jeunes enfants qui ont appris à éternuer à l’intérieur de leur coude, aux personnes qui sont restées chez elles, au sens civique de nombreux citoyens, nous pouvons infléchir la courbe. En allant au-delà de la concurrence et en collaborant avec les universités, entreprises et experts, le gouvernement peut obtenir des résultats beaucoup plus rapidement. Les personnes vulnérables bénéficient d’une aide inattendue grâce aux milliers de bénévoles. Et pour un bref instant, les bourgmestres flamands, wallons et bruxellois ne parlent pas de structures de gouvernance mais de solutions. La solidarité nous rend plus forts, également en dehors des situations d’urgence. Le gouvernement peut prendre exemple sur ses citoyens et poursuivre sur ce nouvel élan en optant résolument pour cette collaboration et ce, entre citoyens et experts, experts et monde politique, bourgmestres et ministres, États membres et Union européenne, et au sein de notre propre pays fédéral. Les conflits ou la concurrence servent un temps l’intérêt personnel mais à plus long terme, seule la collaboration peut nous sauver. 

  1. L’écho des applaudissements

Tous les jours, à 20 heures précises, nous entendons des citoyens applaudir le personnel soignant. Partout où vous allez, vous voyez des draps blancs suspendus aux fenêtres. La gratitude envers les ‘métiers essentiels’, à savoir le personnel qui fait fonctionner le pays même en temps de crise, est immense. Il a fallu attendre cette pandémie pour que les « travailleurs de l’ombre » reçoivent l’appréciation qu’ils méritaient depuis bien longtemps. Ceux qui doivent eux-mêmes divertir un groupe d’enfants pendant des semaines, ceux qui se retrouvent aux urgences ou ceux qui peuvent télétravailler en toute sécurité, s’en rendent très bien compte. Ce ne sont pas les gestionnaires de fonds spéculatifs mais les éboueurs, les employés de magasins ou les soignants gériatriques qui maintiennent le pays en vie et qui sont les héros de la société. Notre plus grand capital est du côté de la population. La crise nous fait rêver d’un nouveau modèle économique dans lequel, non seulement le profit en chiffres est important, mais aussi la valeur ajoutée pour la société. Un système plus équitable où la contribution des entreprises est également mesurée en fonction de ce qu’elle signifie pour leur personnel, l’environnement et la société en général. En l’absence d’une telle valeur ajoutée, elle doit suivre d’une autre manière, par exemple en payant différemment les cotisations qui sont dues.

Un abri fiscal social peut créer un nouvel équilibre entre les personnes et l’économie. Cela permet aux entreprises d’opter pour un modèle qui tient compte des enjeux à la fois économiques et de société. Ces applaudissements peuvent ainsi se traduire par une participation sociétale et une réelle appréciation

  1. Les bienfaits du silence

Ce qui est paradoxale aujourd’hui, c’est le silence qui règne. Il fait penser aux dimanches sans voiture dans les années septante. De longues vacances d’été pour les jeunes, du temps à passer dans la chambre en lisant une bande dessinée ou dans le jardin en jouant au football. Nous n’avons rien vu de tout cela dans la société d’accélération de ces dernières décennies où tout devait être plus rapide, plus parfait et plus captivant. Les incitants qui nous accablent au quotidien, ont disparu en temps de crise. Des centaines de milliers de personnes travaillent à domicile. Le calme dans les rues est assourdissant. Des agendas vides et plus de hobbies, de réceptions ou de rendez-vous. Cela est difficile pour beaucoup d’entre nous et requiert une grande faculté d’adaptation. Cette situation nous donne cependant un temps de repos et de détente obligatoire, du temps à consacrer à soi-même et à sa famille. En période d’épuisement professionnel et de dépression, cela fait le plus grand bien à de nombreuses personnes. Mais comme pour tout le reste, la loi de la modération s’applique ici aussi. Un travail utile donne une structure et un sens à la vie. Il favorise l’épanouissement de soi et le contact social.

Cet équilibre était absent avant la crise et pendant la crise également. Après la crise, nous ne devons pas revenir à la case départ mais rétablir l’équilibre entre travail et détente.    

  1. Sortez de chez vous

« Vous me manquez ». Ce sera peut-être l’expression la plus fréquemment utilisée en 2020, à part le terme « distanciation sociale » ou l’hashtag « #restezchezvous ». Il est difficile d’être davantage éloigné de ce que signifie être humain. Nous avons besoin les uns des autres et s’il y a quelque chose qui nous manque à tous, c’est la présence d’autres personnes autour de nous. Elle nous donne le sentiment que ce que nous avons toujours considéré comme évident, est en fait précieux et unique. Lorsque cette crise sera terminée, sortons de chez nous. Toutes les heures durant lesquelles nous avons été contraints de rester à la maison, nous pouvons rattraper ce temps en s’installant à une terrasse de café, en faisant le marché, en allant au restaurant ou en se baladant. Nous pourrons bientôt rendre visite à toutes ces personnes isolées pour lesquelles nous mettons en place des actions créatives. Tous les sites Internet bénévoles qui ont été créés, continueront d’exister. Ne quittez pas ce groupe de WhatsApp, continuez à aider vos voisins, décarcassez-vous pour rendre visite aux grands-parents en maison de repos. Le gouvernement peut être un partenaire dans cette démarche. Nous avons perdu beaucoup pendant la crise. Toutefois, l’appréciation d’un contact réel est quelque chose que nous avons redécouvert et nous devons continuer à chérir ce sentiment d’appartenance. 

  1. L’ordinateur est votre ami

Pendant longtemps, nous avons été coincés dans une vision démodée du travail et de la mobilité. Pour une réunion avec des collègues chinois, nous prenions l’avion. Pour se rendre au travail, la voiture. Le virus nous a contraints à dénicher des solutions alternatives et nous les avons découvertes à une vitesse remarquable. La technologie était prête depuis longtemps et ce n’est que maintenant que nous apprenons à l’utiliser en masse. Les conséquences sont tout à fait étonnantes. Pour chaque avion qui reste au sol, nos poumons poussent un soupir de soulagement. Et les jours que vous n’êtes pas dans les embouteillages, vous pouvez les passer en famille. À l’avenir, nous pourrons utiliser la technologie plus fréquemment et plus efficacement. Cela exige une façon différente de penser, pour les employeurs également, une nouvelle confiance. Une distinction doit en outre s’opérer entre ce qui est inutile et ce qui est indispensable. La E40 ne nous manquera pas mais nos collègues certainement ; cependant pas tous les jours. Nous préférons faire nos adieux en personne mais ceux qui sont cloués au lit, pourront à l’avenir suivre les funérailles en direct par le biais d’une plateforme de diffusion en ligne. La percée numérique au niveau de la justice et des autres services a pris son envol. Nous voulons poursuivre sur cette lancée, aussi au profit des personnes vulnérables. La création d’une passerelle numérique nous permettra à l’avenir de renforcer leur participation dans la société. 

  1. Soutenez l’économie locale

Les personnes qui sont nées au cours des dernières décennies, sont les enfants de la mondialisation. Les yeux rivés sur le vaste monde extérieur, habitués à avoir tout ce que le monde a à offrir au bout des doigts. Le virus a chamboulé leur perception de la réalité. Nous avons soudainement été condamnés à rester dans notre propre quartier. Beaucoup de gens ont dû s’y habituer. De ce fait, nous commençons à apprécier à nouveau le terroir local et les commerces de proximité. Les agriculteurs locaux et les magasins de proximité ont vu leurs ventes augmenter, et de nombreuses personnes ont appris à connaître la valeur de l’économie locale dont la production nous garantit la disponibilité des produits. Des vendeurs attachent énormément d’importance à la qualité de leurs produits car le mécontentement d’un voisin a un tout autre impact qu’un formulaire de plainte rempli en ligne. Pour beaucoup de riverains, c’est également un moment agréable, une sortie de l’isolement, car un visage familier chez le boucher en dit plus long que les masques de protection et les files d’attente au supermarché. C’est une richesse à plusieurs niveaux que nous découvrons à proximité. Même après la crise, nous serons tous un jour vulnérables, reconnaissants de pouvoir survivre dans notre propre quartier. Aujourd’hui, c’est encore une évidence mais sans changement de comportement, cette richesse est condamnée à disparaître. De la globalisation à la glocalisation : le modèle de l’avenir. 

  1. Redécouvrez la nature

Que faites-vous lorsque vous ne pouvez pas faire vos courses le samedi ? Quand vous devenez fou dans votre propre maison et que vous aspirez à un moment de décompression ?  Vous sortez prendre l’air, sauf que la vue extérieure a fortement changé au cours des dernières décennies : des autoroutes et du béton partout, de petites parcelles de bois entourées d’une clôture et qui, pour bon nombre de personnes, sont uniquement accessibles en voiture. Il n’y a pas que les virus qui nous rendent malades, le manque de verdure est aussi malsain. Aucun endroit n’a un tel effet bénéfique pour la santé que les espaces ouverts et verdoyants. Lorsque tout sera terminé, pensez au temps où vous faisiez votre jogging à travers les champs, construisiez un camp dans le jardin, faisiez une balade en pleine nature. Pendant que le monde lutte contre le virus, nous rechargeons nos batteries en ayant recours au plus ancien remède, non seulement parce que la nature a des effets bénéfiques pour la santé, mais également parce qu’elle constitue un tampon contre les extrêmes et la propagation de maladies. L’air est devenu plus propre au-dessus de nos villes, l’eau est devenue plus transparente à Venise, le chant des oiseaux reprend le dessus.

La destruction de la biodiversité nous rend vulnérables. La nature nous permet de reprendre notre souffle, il est temps de laisser à la nature le temps de se régénérer

  1. La confiance plutôt que le contrôle

Une situation exceptionnelle exige des mesures exceptionnelles : nous avons déjà entendu cette expression à plusieurs reprises. Des mesures draconiennes ont été imposées pour désamorcer la crise, non seulement dans notre pays mais aussi ailleurs, comme des applications qui vérifient vos moindres mouvements (comme en Chine) ou des visites inattendues afin de contrôler votre présence en période de quarantaine (comme à Singapour).

Il y a deux façons d’obtenir le comportement souhaité : par le biais de l’autorité ou par la confiance. Dans notre pays, nous avons rapidement vu le sens civique primer ; du hashtag  #jerestechezmoi au fait d’interpeller des gens quant à leur comportement car lorsque les gens se sentent responsables, ils sont porteurs du message. Le gouvernement ne doit pas les considérer comme des enfants mais comme des citoyens concernés par sa politique. Les dénonciations et les drones ne seront alors plus nécessaires, pas plus qu’un contrôle social draconien. Nous pouvons ensuite envisager une démocratie ‘de proximité’ dans laquelle le gouvernement et les citoyens sont des partenaires. Que ce soit les déchets sauvages, le vandalisme, la pollution, le travail au noir ou la fraude : ici aussi, nous en supportons ensemble les conséquences et nous faisons tous partie intégrante de la solution, en toute liberté, en se basant sur la confiance tout en assumant nos propres responsabilités. Une telle démocratie ne court pas le risque de dériver vers un état totalitaire. 

  1. Notre économie est à la fois forte et vulnérable

Le virus nous a appris quelque chose sur la vulnérabilité et le dynamisme de nos concitoyens. Tout d’abord sur la fragilité de l’économie, car de nombreuses personnes sont temporairement au chômage. Des entrepreneurs ont vu leur carnet de commandes fortement diminuer et leurs revenus s’évaporer. Les magasins et les établissements horeca ont dû fermer leurs portes, beaucoup de gens ont vu le travail de toute une vie anéanti. Toutefois, de nombreuses personnes créatives n’ont pas manqué de ressort et ont fait preuve d’une faculté d’adaptation sans borne. De petites entreprises qui se sont transformées en fabricants de masques de protection ou de gel désinfectant pour les mains, des secteurs traditionnels qui se sont lancés dans la vente en ligne, ou des puéricultrices qui confectionnent des masques de protection à partir de langes de bébés. Le gouvernement n’abandonne personne, que ce soit des personnes malades ou sans revenu. Cela n’est possible que grâce à la façon dont notre pays est organisé, dans le cadre d’un équilibre entre le marché, les pouvoirs publics et la société civile.  

Le modèle qui parvient à protéger sa population lorsque vous tombez malade et que vous perdez votre emploi, ne peut être détricoté mais doit au contraire être renforcé et protégé. Le gouvernement doit exercer une fonction de tremplin pour les personnes en situation précaire afin qu’elles puissent se redresser.  Cette action doit donner un coup de pouce à notre économie afin qu’elle puisse se relancer. L’innovation et la transformation doivent nous permettre d’évoluer vers un modèle plus pérenne ; nous en aurons plus que jamais besoin dans les moments difficiles. Si nous parvenons à gérer la vulnérabilité, grâce au dynamisme et à l’innovation, nous en sortirons plus forts. 

S’il le faut, nous le ferons.

Une réunion internationale pour laquelle vous ne prenez plus l’avion, mais à laquelle vous assistez de chez vous, des personnes âgées qui skypent avec leurs petits-enfants, un gouvernement qui accorde ses violons, des processus qui prennent normalement des années à se mettre en place mais qui sont maintenant mis en route en l’espace de quelques semaines…L’urgence est un excellent motif pour mobiliser les citoyens. Et cela sera nécessaire car nous devons reconstruire notre pays après ce choc intense. L’appel à notre esprit de solidarité sera énorme. Cette crise nous a pris au dépourvu mais nous sommes un peuple courageux et dynamique. C’est ce que nous sommes tous en train de prouver. Car s’il le faut, nous le ferons : c’est peut-être encore le meilleur enseignement qui soit. Oublions la crise et cultivons cette créativité, collaboration et solidarité.

Pâques, le 12 avril 2020.

P.S.: J’invite tout un chacun à réfléchir à la manière dont nous pouvons transposer les leçons tirés de cette crise en actions politiques. Il ne s’agit en l’occurrence pas d’avoir raison comme parti politique mais de mettre à profit les synergies de la société afin de développer des idées et de trouver la manière d’appliquer concrètement ces leçons dans la vie de tous les jours. Ensemble, nous trouverons des solutions pour un monde meilleur après la crise.

Welkom bij CD&V. Onze websites maken gebruik van cookies om jouw gebruikservaring te optimaliseren. Lees onze Cookies Policy voor meer informatie. Ons cookiebeleid en deze voorkeuren gelden voor alle CD&V-websites. Door op 'Akkoord' te klikken, ga je akkoord met de geselecteerde cookies.